Table dressée à l’honneur
Une place à la table de rêve de Stephanie Stamatis
À quoi ressemble la table idéale de quelqu’un qui consacre sa vie à la beauté ? Serax a posé la question à l’art directrice et set designer australienne Stephanie Stamatis. Sa réponse : une table d’after-party saturée de symbolisme, photographiée par Marie Wynants.
Présentez-vous.
« Je m’appelle Stephanie Stamatis, je suis directrice artistique et set designer. Mon rôle est de faire le lien entre une marque et son public en créant des images qui communiquent le message de la marque. Je le fais à travers la beauté, la fantaisie et une touche d’originalité. J’ai étudié le design d’intérieur et travaillé dans ce domaine pendant six ans avant de devenir freelance et d’appliquer mes compétences à la photographie. Douze ans plus tard, j’ai affiné mon travail autour de l’univers de la beauté et du luxe, en insufflant mon style personnel et mon expérience dans des images pour des marques telles que Goop, Flamingo Estate, Aesop, Summer Fridays et Kinfolk. »
Votre table de rêve est très expressive. Pouvez-vous en expliquer le concept ?
« Je voulais imaginer être assise à une table avec des artistes qui ont inspiré à la fois Marie Wynants, la photographe, et moi-même. J’ai demandé à Marie de me faire une liste des artistes de ses rêves avec lesquels elle aimerait s’asseoir et avoir des conversations profondes, et j’ai fait la mienne. À partir de là, j’ai sélectionné des artistes dont le travail contient des images iconiques que je pouvais traduire en symboles visuels reconnaissables. C’est ainsi que nous sommes arrivées à Wolfgang Tillmans, Peter Fischli & David Weiss, David Lynch, Irving Penn, Dionysos et Marina Abramović. »
Donc chaque image s’inspire du travail d’un artiste. Parlez-moi de l’œuf posé sur le steak cru.
« Cette image s’inspire du photographe Irving Penn. Il était un maître de la nature morte et son approche m’a toujours profondément influencée. J’aime la façon dont il photographiait des objets mis à nu dans un cadre de studio. Le génie réside dans l’imperfection et dans le fait de traiter chaque sujet comme une icône. J’essaie d’aborder mon travail de la même manière : chaque objet que je photographie porte sa propre histoire et peut exister de façon autonome. »
Une question pour Marie : Décrivez la beauté d’un mégot de cigarette.
Marie : « Je suis obsédée par l’équilibre entre la mélancolie, la décomposition et le macabre. Un mégot de cigarette incarne tout cela. C’est la fin de quelque chose. C’est un déchet. C’est quelque chose qui était encore vivant et chaud il y a peu. Une cigarette peut être vulgaire, mais parfois étrangement élégante. Cette tension entre le sale et le beau, entre quelque chose de sans vie et quelque chose de stylé, c’est là que réside pour moi la poésie. »
Au-delà des mégots de cigarette et des pilules, l’atmosphère rappelle les anciennes natures mortes de type vanité d’il y a plusieurs siècles.
« Je suis profondément inspirée par la peinture historique de nature morte et par le symbolisme qui traverse ces œuvres. Les maîtres hollandais et italiens cachaient souvent des significations subtiles dans leurs compositions. Les œufs pour la fertilité, les papillons pour la mortalité. De la même manière, je choisis des objets qui ont une signification pour moi. J’aime l’idée qu’il y ait toujours plus que ce que l’on voit au premier regard. Au-delà de la beauté, il y a la mortalité, la peur, le fatalisme et l’amour. »
Marie, j’ai le sentiment que toi et Stephanie avez vraiment apprécié ce shooting.
Marie : « Stephanie a un instinct extraordinaire pour les objets. Son regard n’est pas celui d’une personne ordinaire, mais celui d’une sculptrice. Elle travaille directement avec les objets sur la table, guidée uniquement par l’intuition. En une minute, elle assemble quelques éléments et soudain quelque chose de sculptural et de poétique apparaît sous vos yeux. Son esthétique est douce et romantique, la mienne plus mélancolique et sombre. Ce contraste a rendu notre collaboration absolument délicieuse. »
Pourquoi avoir choisi la vaisselle de Sergio Herman pour Serax ?
Stephanie : « J’ai choisi les assiettes blanches de la collection Silhouette de Sergio Herman parce qu’elles offrent un magnifique canevas vierge sur lequel je pouvais raconter mes histoires. Les assiettes de Sergio sont calmes et élégantes, sans trop d’éléments distrayants. Elles possèdent cependant des contours sophistiqués, qui leur donnent juste ce qu’il faut de caractère. »
Votre « table de rêve » est une table qui a déjà perdu sa netteté. Pourquoi ?
Stephanie : « Cette table de rêve capture le moment précis où la table commence à remplir sa fonction, lorsqu’elle vient tout juste de quitter son état intact. Je n’aime pas les tables trop propres et parfaitement dressées ; elles donnent souvent une impression de mise en scène. Une fois qu’une table a été utilisée, elle gagne quelque chose d’humain, de réel. Ma table de rêve ne parle pas de mise en scène parfaite, mais des traces d’un beau moment. »
Marie : « Dès que tout devient trop net, la tension disparaît. La perfection semble sans vie. La netteté, c’est le contrôle ; le désordre, c’est la vie. »
Êtes-vous créatif(ve) et intéressé(e) par la création de votre propre table de rêve ? Contactez-nous à hello@serax.com